Je me réveille en sursaut, même pas une heure plus tard.
J’ai d? oublier de cocher ? sommeil paisible ? à la création de perso. Dommage.
?a pue la mort.
C’est pas juste une odeur. C’est une présence. Un truc épais qui te colle aux sinus comme de la graisse froide. Le genre d’odeur qui te réveille avant ton cerveau, et qui te fait comprendre que tu vas vivre une mauvaise minute.
J’ai la tête dans le gaz. Je cligne des yeux. Je bouge à peine, et je sens quelque chose d’humide coller aux draps.
Je baisse le regard.
La bo?te moisie dépasse de ma poche, entrouverte. L’?uf est cassé. Une tra?née immonde s’étale sur le tissu.
Et au milieu de ce désastre, une petite créature grignote tranquillement un morceau de coquille.
Je hurle dans ma tête.
? APA ? Dis-moi que t’es là. Dis-moi que tu vois ?a. ?
? Bonjour Murphy. Je vois. Il semblerait qu’un ?uf ait éclot. Cette créature en est sortie et se nourrit de sa c-coquille. ?
? Sans blague. ?
L’odeur remonte dans mon nez.
Je lache un bruit ridicule, un truc entre le dégo?t et la panique.
La créature se retourne.
Elle me fixe avec des yeux noirs, profonds. Pas des yeux de vivant. Des trous.
Elle luit d’un halo vert malade. Comme si même la lumière avait envie de vomir.
Ses ailes se déploient d’un coup. Des ailes de papillon de nuit, avec des taches rondes qui ressemblent à des yeux.
Elle se redresse sur ses pattes fines.
Une pixie.
Mais version cadavre.
Je reste bloqué.
? Non. Je refuse cette timeline. ?
Elle ouvre la bouche.
Un sifflement bas s’en échappe. Un son qui apporte du froid, directement dans la nuque.
Elle tend une main sans chair et me désigne.
? Mur… ?
Elle reste immobile.
Je déglutis.
? APA. Elle conna?t mon nom ? ?
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? Je… j-je… ?
Elle bondit.
Un petit saut sec, battement d’ailes, et elle se pose sur mon torse.
Je ne bouge plus.
Je garde les yeux à moitié fermés, juste assez pour faire semblant que si je ne regarde pas, ?a n’existe pas.
Sa griffe accroche mon menton.
?a ne coupe pas profond, mais ?a pique assez pour me tirer un frisson.
Je la vois porter son doigt à sa bouche.
Elle lèche la goutte de sang.
Un sourire de dents pointues se dessine sur son visage.
? Mur… der. ?
Mon c?ur s’emballe.
Je suis raide. Comme ces gens qui racontent une paralysie du sommeil, sauf que moi j’ai une pixie morte sur le torse.
Et d’un coup, une douleur aigu? me traverse la tête.
Ma vision change.
Bandes noires au-dessus. Bandes noires en dessous. Mode cinéma.
Une scène se déroule devant mes yeux.
Un bois luxuriant au bord d’un lac couleur perle. Des petites fées s’amusent. Des pixies volent, légères, presque belles.
Puis la vue glisse vers un autel flottant.
Une pixie y est allongée.
Ligotée.
Du fil barbelé, ou quelque chose qui y ressemble.
Le ciel s’assombrit.
Les nuages s’amoncellent en une masse noire.
Un visage énorme s’y dessine, vague et trop grand.
Il ouvre la bouche.
Un rayon tombe.
Et la pixie sur l’autel se ratatine, se vide, se décrépit, comme si on aspirait l’intérieur.
Le froid me traverse la colonne.
? Murphy ? Murphy ?? ?
La voix d’APA résonne dans ma tête.
? Il s’est passé quelque chose dans les menus. ?
La scène se coupe.
Retour au monde.
Je reprends l’air d’un coup, étourdi.
Je regarde autour de moi.
Je ne vois plus la pixie.
Je ferme la bouche, parce que je réalise que je la laissais ouverte.
? APA, qu’est-ce que… ?
Un souffle dans mon oreille droite.
? Mur...der… re… venge. ?
Un frisson me traverse tout le corps.
? Murphy, une… tache est apparue dans les menus. ?
? Hein ? ?
? Il y a une description. ?
J’avale ma salive.
? Lis. ?
? Une volonté étrangère s’est accrochée à vous. Elle exige réparation. ?
…
? Accomplir ??? dissipe la tache. ?
? L’échec propage. ?
Je reste silencieux une seconde. Je n'ai pas compris une partie de la phrase.
? Attends. Ce truc m’a marqué. ?
Je baisse les yeux.
La pixie est là.
Vissée sur mon épaule.
Elle ne pèse rien, et pourtant j’ai l’impression d’avoir un sac de cailloux dans le cou.
Elle souffle, comme si elle murmurait mon destin.
? Mur… der. ?
Je serre les dents.
Donc si je résume.
Je viens de me faire maudire par une pixie morte.
Je dois accomplir ses dernières volontés.
Et j’ai pas mon mot à dire.
C’est bien ?a ?
APA hésite.
? La créature ne semble pas hostile envers toi, M-murphy. ?
Pas hostile.
Elle m’a griffé, bu mon sang et collé une dette de mort dans mes menus.
Mais ok.
Je me lève, vacillant.
Je vais vers la fenêtre.
Par réflexe, je lève la tête pour regarder le ciel, parce que mon HUD est toujours là-haut comme une blague personnelle.
J’ouvre mes menus.
Vraiment, tache est le seul mot.
Une saleté sombre, irrégulière, collée sur l’interface. Pas une ic?ne. Pas un statut propre.
Un pop-up appara?t.
Compensation système : 1 point de magie disponible.
Points restants : 2.
Je reste figé.
Bien s?r.
Même quand on m’aide, c’est louche.
Je reste planté là, la tête levée, à regarder ce ciel invisible qui sert d’écran à mon cauchemar administratif.
J’ai une pixie morte sur l’épaule comme un mauvais accessoire de cosplay, une dette collée sur l’interface, et l’impression très nette que si je retourne me coucher, je me réveillerai avec une nouvelle surprise dans un autre endroit de mon corps.
Je devrais réfléchir.
Faire un plan.
être raisonnable.
Mais je n’ai pas de plan, je n’ai pas de carte, je n’ai même pas de dictionnaire, et la dernière fois que j’ai eu de la "chance", j’ai gagné un ?uf pourri. Alors oui, je vois les points disponible, je vois l’école avec les trois points d’interrogation, et je sens que c’est une mauvaise idée. C’est pour ?a que ?a me rassure presque. Dans ce monde, les mauvaises idées arrivent toutes seules. Autant choisir la mienne.
J’ouvre le menu Magie.
L’école personnalisée.
Celle avec les trois points d’interrogation.
Je la regarde comme une porte marquée “NE PAS OUVRIR”.
Déverrouiller.
Points restants : 1
Je glisse sur l’Invisibilité de Schr?dinger.
Déverrouiller.
Points restants : 0
Je souffle.
? Foutu pour foutu. ? ? Autant aller jusqu’au bout. ? ? Vas-y l’univers. Balance. ?

