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Chapitre 6 Combat de rue (Sponsorisé par LIDL)

  Le Passage brisé porte bien son nom.

  Un pont de pierre gigantesque, coupé net. Il manque un morceau entier. En dessous, un fossé immense. Pas le genre de trou où tu glisses. Le genre de trou où tu disparais.

  De chaque c?té, la terre est marquée par des traces de passage. Des petits chemins se sont dessinés au fil du temps.

  Je suis Averse du mieux que je peux. Le sol devient boueux partout où elle passe.

  Le silence est toujours là, présent, un peu lourd.

  Je finis par lacher, parce que mon cerveau déteste le vide.

  ? Hé… si ma question te saoule, dis-le. Mais tu comptes marcher en silence tout le trajet, ou c’est juste ton mode par défaut ? ?

  Averse regarde le pont, puis le fossé, comme si elle mesurait l’idée de tomber.

  ? La légende raconte que ce pont a été détruit il y a cinq siècles. ?

  Ok. Je m’attendais pas à ?a.

  ? Une bagarre entre géants. ?a aurait mal tourné après une insulte sur la mère de l’autre. L’un est tombé en arrière, a tenté de se rattraper au pont… et l’a emporté avec lui. ?

  Je contemple le vide. J'imagine la scène.

  ? Je vais pas mentir, c’est une bonne histoire. ?

  Averse hausse à peine les épaules.

  Je reviens sur la magie, parce que c’est la seule conversation où je me sens pas complètement inutile.

  ? Tu m’as déverrouillé mes menus, t’as fait ton truc. J’en déduis que tu sais ce que tu fais. ?

  Averse me coupe.

  ? Tout ce que j’ai fait, c’est débloquer le flux. Tes vecteurs étaient encrassés. ?

  ? Mes quoi ? ?

  Elle soupire.

  ? Tes canaux. ?a n’aurait pas d? te faire un choc pareil. ?

  Je ravale mon envie de dire que c'est mon nouveau normal.

  ? Donc toi aussi, tu utilises la magie. Et tu fais quoi, exactement ? ?

  Averse regarde son Perpépluie, puis lève la tige.

  ? Je contr?le l’eau. ?

  Je fixe le nuage. Je fixe la pluie. Je fixe Averse.

  No shit.

  Le nuage se resserre sur lui-même. La pluie s’arrête d’un coup, comme si quelqu’un avait fermé un robinet au ciel. Puis les gouttes qui coulaient déjà sur sa manche remontent, se rassemblent, glissent vers sa main et forment une petite sphère tremblante, un morceau de pluie en apesanteur.

  Elle serre légèrement les doigts. La sphère se contracte, devient plus dense, plus petite, presque brillante.

  Elle fait un mouvement du doigt.

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  La bille file et frappe une pierre du pont avec un toc sec. La pierre éclate net, comme si on avait tiré dedans.

  Je reste figé.

  ? Mais c’est trop cool. ?

  ? C’est une balle anti-blindage. ?

  Et je réalise surtout autre chose : elle peut me tuer maintenant. Ici. Et moi, je peux rien faire.

  Elle me regarde. Je croise son regard, et je comprends que la tempête dans ses yeux, c’est pas juste pour faire joli.

  ? Attends… tu stockes l’eau ? ?

  Averse ne répond pas tout de suite. Elle reprend la marche, et sa voix arrive après, comme si elle n’aimait pas confirmer.

  ? J’ai besoin de réserves. ?

  Je hoche la tête, et mon cerveau fait le lien tout seul.

  Ses yeux, le nuage, la pluie qui s’arrête, la pluie qui repart…

  Je garde mes conclusions pour moi, parce que je suis pas con.

  ? Et quand tes réserves se vident ? ?

  ? Je deviens… moins patiente. ?

  ? Haha. On va bien s’entendre. ?

  Elle ne sourit pas, mais je sens que ?a touche quand même.

  On reprend. Je marche à ses c?tés, même si je préférerais rester derrière. J’ai l’impression que ?a lui fait plaisir.

  ? C’est plut?t tranquille. ?

  Puis plusieurs cris atroces viennent casser le calme. Comme si une femme se faisait tuer au loin.

  ? Et voilà. Il a fallu que j’ouvre ma gueule. ?

  Mon corps n’aime pas ?a. Mon cerveau n’aime pas ?a. Quelque chose, dans moi, appuie sur un bouton panique archa?que. Pas “danger”. Pas “combat”. Un autre truc. Une alarme sociale. Une alarme de culpabilité. Comme si je devais aider. Comme si c’était mon r?le.

  Surgies de nulle part, trois hyènes bondissent et nous encerclent.

  Elles hurlent. Sauf que ce ne sont pas des hurlements. Ce sont des cris humains. Des cris de femme. Et ?a me retourne l’estomac.

  Averse ne bronche pas.

  ? Ce sont des hyènes-mimicris. Leur cri est… ?

  Elles ne lui laissent pas le temps de finir.

  Une à gauche. Une à droite. Une de face.

  Tout va trop vite.

  Averse tire. Une balle d’eau traverse la hyène de face. Elle s’effondre sans comprendre.

  La hyène de droite est déjà sur Averse. Elle l’esquive, mais se fait renverser dans la boue.

  La hyène de gauche saute et essaie de m’arracher la main. à un cheveu.

  Elle me percute. Je tombe. Ses pattes avant m’écrasent et sa gueule cherche ma gorge.

  Je coince sa tête entre mes genoux et je hurle comme un animal en lui perforant un ?il avec la clé de mon inventaire. Elle recule.

  Son cri change. ?a passe au pleur d’un nourrisson.

  C’est… dérangeant.

  Puis ?a se déforme en gargarismes à faire vomir.

  Elle charge de nouveau.

  Sauf qu’à terre, pour une fois, mes menus sont pile là où je regarde.

  Je baisse les yeux, je range la clé ensanglantée dans ma poche.

  Broche dans la main droite. Caillou dans la main gauche.

  Le dual wielding de chez LIDL.

  La hyène s’élance.

  Je lui explose la tempe du c?té aveugle avec le caillou.

  Elle s’écrase. Je me jette dessus. Je plante. Je frappe. Je plante.

  Ses cris passent du bébé à la femme qui meurt, puis au chien blessé.

  Une giclée chaude me couvre.

  La broche trouve la carotide. La bête tressaillit deux fois, puis ne bouge plus.

  Une trompette lache un pouet fatigué.

  Je me retourne vers Averse.

  Elle s’ébroue. La troisième hyène g?t au sol, sans tête.

  Je déglutis.

  ? Je pourrais vraiment utiliser ta pluie, là, tout de suite. ?

  Averse s’approche.

  Je mime une douche au milieu du chemin, juste pour ne pas penser au sang qui me colle.

  ? Tout va bien ? ?

  Elle hoche la tête.

  ? ?a va. ?

  Ses yeux, par contre, ont l’air un peu moins tempête. Et sa voix est plus sèche.

  On reprend notre souffle.

  Je me palpe le corps pour vérifier que je suis entier, et je réalise que je suis… étonnamment calme.

  Je lève la tête et j’ouvre mes menus.

  PV : 666. PM : 399.

  Je caste Lupiot.

  Un pic électrique bref me traverse.

  PM : 394.

  Un pop-up appara?t.

  Entrée déverrouillée : Carnet de chasse.

  Obtenu pour avoir vaincu une proie listée.

  Oh. Plut?t cool.

  Première entrée.

  Hyène-mimicris. Trophées : 1.

  Description : la hyène-mimicris ne se contente pas de rire. Elle peut imiter parfaitement n’importe quel son entendu au cours des dernières 24 heures. Elle utilise souvent la voix d’un enfant qui appelle à l’aide, ou le cri d’agonie d’un aventurier, pour attirer ses proies.

  Note de survie : si vous entendez votre propre voix vous insulter depuis un buisson, ne répondez pas. Courez.

  Récompense : cape en peau de hyène. Transférée dans votre inventaire.

  Je change de fenêtre.

  Cape en peau de hyène : l’utilisateur re?oit une réduction de 2 dégats aux attaques dans le dos. Chaque coup encaissé déclenche un cri strident de la cape.

  Je glisse la main dans ma poche droite, là où j’ai rangé la clé.

  Je la saisis et je fais le mouvement dans la poche.

  Rien.

  ? Dommage. ?

  Je nettoie rapidement la clé du sang, puis je fais le geste correctement, dans le vide. Le portail s’ouvre.

  Je passe la main et je récupère la cape.

  Je l’enfile.

  Elle a l’air de bonne facture.

  Mais ?a gratte au cou.

  évidemment.

  On reprend la route.

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