Cerena aimait ses enfants par-dessus tout, et le père de sa fille était si attentionné envers eux trois qu'elle espérait que cela durerait toujours.
Au fil des mois, chacun trouva son rythme. Cela faisait maintenant quatre ans que Cerena et Owen étaient arrivés au village. Elle était désormais agée d'un peu plus de vingt-quatre ans ; la croissance d'Owen avait ralenti considérablement, et sa s?ur le rattraperait donc rapidement.
Elvira continua de grandir d'un an à chaque trimestre, jusqu'à ses dix ans. Malgré son jeune age, les habitants admiraient sa beauté d'une grande pureté. Ses longs cheveux noirs ondulés faisaient ressortir ses yeux couleur aigue-marine et sa peau claire lui donnait des airs d'ange. Une aura semblait émaner d'elle, réchauffant les c?urs et apaisant les ames.
Ses capacités n'avaient rien à envier à celles de son frère, mais les deux enfants n'étaient pas les seuls à explorer et développer leurs capacités. Le jeune père avait plusieurs fois ressenti une certaine énergie provenant de Cerena. Après l'avoir observée, il conclut qu'elle possédait également un pouvoir latent.
Lorsqu'il lui en parla, Cerena fut interdite. Elle repensa à l'Empereur, qui l'avait décrite comme un vecteur magique pour ses enfants. Le jeune homme soup?onnait que ce ne fusse qu'une demi-vérité.
Elle apportait régulièrement de l'eau à son fils qui s'entra?nait avec assiduité. Mais le vent glacial qui soufflait en permanence la gelait sans ménagement. Il lui fallait la réchauffer pour pouvoir la consommer. Un jour, le jeune homme lui suggéra de ne pas faire de feu, mais de canaliser à la place sa propre énergie magique dans ses mains ; elle ne comprenait cependant pas comment faire…
Assis face à elle, le jeune homme posa ses mains tièdes sur les siennes, glacées.
— Ferme les yeux, et concentre-toi sur la chaleur que tu ressens. Celle que tu veux transmettre, lui dit-il.
Cerena fit comme il le lui conseilla. Les mains tremblantes de froid, elle tenta de faire le vide dans son esprit. Petit à petit, les sons et sensations devinrent lointains : le sifflement de l'épée et son impact sur le bois, le vent caressant ses cheveux, le froid mordant lui rougissant le visage, les mains douces et chaleureuses du jeune homme, tout s'effa?a. Tout, sauf la chaleur qui s'en dégageait.
Elle ne ressentait plus que le poids de la cruche entre ses doigts.
La chaleur augmenta légèrement, progressivement, et s'étendit jusqu'à ses doigts. Elle pensait que c'était l'?uvre du jeune homme. Les yeux toujours clos, elle sourit à cette sensation agréable. La température entre ses mains continua d'augmenter, encore et encore, au point qu'elle lui br?la la peau. Frappée par la douleur soudaine, elle lacha le broc et ouvrit les yeux : le jeune homme l'avait rattrapé de justesse avant qu'il ne se brise au sol.
Cerena regarda ses paumes, rouge vif comme des braises. La douleur et l'incompréhension la firent grimacer, le souffle court. Le jeune homme lui prit les mains et soigna sa br?lure.
— Je pensais que c'était toi qui…, dit-elle.
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Le jeune homme secoua la tête, un sourire mitigé aux lèvres.
— Je ne m'étais pas trompé… Mais, cela pourrait être plus difficile que prévu à développer. Peut-être… que cette histoire de vecteur magique n'est pas si éloignée de la réalité, finalement.
Il marqua une pause et reprit.
— Peut-être est-il possible de le travailler… différemment. Pour l'instant, oublions la chaleur, d'accord ?
Elle acquies?a en silence, fixant ses mains, se demandant si elle avait commis une erreur, ou si son don avait un co?t tout simplement trop élevé.
???
Les semaines suivantes furent consacrées à l'entra?nement de chacun. Elvira perfectionnait son art du soin tout en en découvrant de nouvelles facettes de son pouvoir : elle pouvait maintenant matérialiser de fines barrières magiques, encore instables, mais suffisantes pour dévier des coups. Ainsi, les exercices à l'épée avec Owen devenaient de plus en plus dynamiques, oscillant entre attaque à l'arme et magie pour se défendre au corps à corps. Les mouvements devenaient de plus en plus rapides, parvenant à alterner entre les deux en toute fluidité.
Owen, quant à lui, laissait glisser son esprit dans celui des autres. Il restait en surface, sans chercher à atteindre leurs souvenirs ou leurs rêves, mais c'était la fa?on la plus saine qu'il e?t trouvée pour entretenir son pouvoir sans se montrer trop intrusif. En gardant à l'esprit les pensées immédiates des habitants, il gardait une vision globale permanente sur tout le village, guettant le moindre signe de changement ou de danger extérieur. Cela lui demandait néanmoins une attention et une concentration constante.
En revanche, il faisait exception pour sa mère, qu'il refusait d'espionner de la sorte. Une sorte d'accord silencieux avait été établi entre eux des années plus t?t, avant même leur arrivée au village.
Cerena poursuivit également les expériences liées à son pouvoir, avec les conseils et sous l'?il attentif du jeune homme. Elle parvint ainsi à guérir partiellement une plaie légère. Elle semblait avoir une affinité avec de nombreuses écoles de magie, sans jamais pouvoir en parfaire l'utilisation.
Owen et le jeune homme lui enseignèrent les rudiments d'auto-défense en combat à l'épée. Mais lors d'une passe d'armes, alors qu'Owen l'avait forcée à lacher son arme et qu'elle était sur le point d'être mise en échec, un genou à terre, elle ferma les yeux et avan?a les mains pour se protéger d'un coup qui ne vint jamais.
Un silence tomba, et lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle tenait à la main un glaive, rouillé, mal aiguisé et un peu lourd, mais suffisant pour parer une attaque. Les yeux écarquillés, elle lacha l'arme inconnue qui disparut aussit?t. Après avoir échangé un regard entendu, Owen et le jeune homme l'aidèrent à se remettre d'aplomb et s'assurèrent qu'elle n'était pas blessée. Elvira, qui assistait à la scène de loin, se jeta dans les bras de sa mère pour la réconforter. Cerena ne sut jamais dire si cette arme était née de sa peur… ou de quelque chose d'autre, tapi en elle.
Cerena, se sentant entourée et soutenue, se releva et s'en accommoda rapidement. Ils poursuivirent chacun leurs entra?nements, mois après mois, au sein de cette vie heureuse et paisible.
Owen observait sa mère évoluer avec attention. Fier d'elle, il voyait ses progrès et ressentait un profond soulagement, malgré les blessures de son passé, flottant au-dessus d'elle comme une ombre indélébile, qui ne se refermeraient jamais.
La voir se reconstruire et sourire à nouveau lui mettait du baume au c?ur, confirmant que les efforts qu'il avait faits jusque-là n'étaient pas vains.
En revanche, il n'avait jamais oublié l'avertissement de son père. Pas une seconde ne passait sans qu'il n'y repense. Leur vie était calme, presque trop. Jusqu'à quand le resterait-elle ? Le temps passait, et il craignait chaque nouveau jour davantage que le précédent.

