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Chapitre 8 : Le miracle des lucioles

  Son père était particulièrement joyeux ce jour-là. C’était le jour de ses neuf ans. Il lui avait préparé un petit déjeuner copieux à base de fruit, de pain et de miel. La surprise fut encore plus grande quand l’homme lui proposa une balade en forêt. Pour lui montrer un lieu unique et merveilleux. Jamais elle n’avait ressenti de telles émotions. était-ce ?a l'amour ?

  La route avait été très longue et difficile. Ils traversèrent une partie de la forêt des amants éternels. Le père et la fille longèrent, dans la foulée, le flanc d’une colline qui surplombait l’océan. La fillette courait pour effrayer les oiseaux flanant sur les corniches. Le soleil leur apportait une douce chaleur. Sola? avait même vu pour la première fois son père sourire. Plus ils approchaient du lieu mystère, plus l’homme au visage flou souriait. L’esprit de Sola? n’arrivait pas à se le représenter correctement. Un blocage bien plus profond obstruait sa mémoire. Le père et la fille arrivèrent en fin de journée, l’éclairage commen?ait à décliner. Le moment idéal pour admirer la beauté de ce panorama.

  Devant eux se trouvait une prairie remplie de fleurs d’une multitude de couleurs. Une douce odeur printanière planait dans l’atmosphère. Malgré le manque d’éclairage, la vue était idyllique. Soudain, une petite lumière apparut devant les yeux de la petite fille aux cheveux blancs. Puis une deuxième et une troisième qui s’élevèrent haut dans le ciel. Dans un vrombissement puissant, une pléthore de lucioles aux teintes jaunes et vertes jaillirent d’un puits naturel. Elles partirent dans tous les sens, procurant un spectacle hors du commun. Les petits clics qu’elles émettaient ressemblaient presque à un chant harmonieux. Le sol grogna. Une autre salve d’insectes sortit, poussés par un courant d’air venu du dessous.

  — D’où viennent toutes ces lucioles, papa ? D’où sortent-elles ?

  — Je ne sais pas, mais allons voir de plus près. Dit-il, l’air euphorique.

  — Je serai la première à le savoir, papa ! Dit-elle en se précipitant.

  Tout autour de Sola? voltigeaient de petites lumières, rendant la scène féerique. Leurs chants, agréables à entendre, accompagnaient la fillette à chacun de ses pas. Sa longue robe carmin virevoltait juste au-dessus des fleurs épanouies. Arrivée devant le trou, elle se pencha. En contrebas, une grotte accueillait une horde de points lumineux, attendant patiemment la prochaine rafale. Ses cheveux blanchatres commencèrent à s’élever au-dessus de sa tête. Elle recula d’un pas et se mit accroupie pour ne pas gêner le passage.

  Son père accéléra l’allure et propulsa violemment son pied dans le dos de sa fille. Celle-ci perdit l’équilibre et chuta, la tête en première, vers une mort brutale.

  — Te voilà morte, fille du démon ! Hurla-t-il, heureux. Je ne te laisserai pas maudire ma famille. Supp?t du mal, tu ne sèmeras pas le chaos ici-bas. MEURS !

  L'homme repoussa dans le vide, du bout du pied, l'écharpe rouge de la fillette, étendue sur le sol. Il ne devait plus rester de signes de sa présence ici.

  ***

  La délicieuse fragrance des fleurs avait été remplacée par celle de la moisissure et de la chair en décomposition. Sola? ouvrit lentement ses yeux. La fillette était étendue sur le sol froid et humide de la grotte. Par ailleurs, elle fut la première surprise à être encore vivante. Cela relevait du miracle. Son corps avait chuté de plus d’une dizaine de mètres. Grace à la faible lumière produite par les lucioles, la jeune fille vit que ses genoux et ses avant-bras étaient écorchés. Des brindilles s’entremêlaient dans sa chevelure.

  La ravissante robe qu’elle portait était sale et déchirée par endroits. Le sang séché prouvait qu’elle avait été inconsciente longtemps. Elle se releva en s’aidant de ses mains. En posant les doigts au sol, Sola? sentit quelque chose du bout des doigts. Une sensation désagréable la fit frisonner. Difficile de voir correctement avec ce ballet d’insectes zigzagants dans tous les sens. La seule solution était de rester immobile pour calmer l’essaim.

  Après quelques minutes sans bouger, la jeune fille put distinguer ce qu’il y avait parterre. Des ossements humains, des morceaux de tissu lacérés et des racines entremêlées recouvertes de mousse. En levant la tête, la fillette ne vit plus l’ouverture par laquelle le vent s’engouffrait. Elle était piégée dans cette grotte. Prise de panique, fatiguée, Sola? sanglota quelques minutes. Désespérément, la jeune fille chercha une sortie en palpant les parois de sa prison. Les lucioles, dérangées par tant de mouvement, s’éloignèrent. Rendant la visibilité quasiment nulle.

  Soudainement, les coléoptères cessèrent de produire de la lumière. Plongeant tout dans l’obscurité. Un silence pesant envahit la caverne. Seule la respiration de fillette angoissée s’entendait.

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  — N’aie crainte, mon enfant, tu ne mourras pas ici ! Dit une voix sortie de nulle part.

  Sola? hurla de frayeur et perdit l’équilibre.

  — Qui est là ? Bafouilla-t-elle, en palpant le sol, à la recherche d’une arme de fortune. Qui êtes-vous ?

  — Mon nom n’a que peu d’importance ici-bas. Nous ne sommes pas appelés à nous revoir de toute fa?on. Dit une voix masculine, impossible à localiser.

  — Laissez-moi tranquille, je suis armée. Je n'hésiterai pas à m’en servir.

  — Souhaites-tu vraiment te battre avec le fémur que tu tiens dans la main ?

  La jeune fille, au bord du dégo?t, déglutit et hésita à lacher son seul moyen de se défendre. Un instinct primaire insoup?onné se réveilla et la guida. En analysant rapidement la situation, une idée enfantine lui vint en tête. Elle se ressaisit et pria pour que son plan fonctionne correctement. Ses chances de survie étaient maigres, mais pas inexistantes.

  — Si je ne puis pas conna?tre votre nom, puis-je voir à quoi vous ressemblez ? Dit la fillette, bien décidée à ne pas mourir ici.

  — Bien s?r, mon enfant, je t'octroie volontiers ce droit. Cela étant, la lumière me provoque une certaine douleur. Je ne serai pas en mesure d'ouvrir les yeux.

  Sola? jubila en silence. Son taux de réussite venait de grimper en flèche.

  — Je vous remercie, qui que vous soyez ! Dit la jeune fille, en serrant fermement l’os dans sa main.

  Le son d’un claquement de doigts résonna dans la grotte. Progressivement, les lucioles s’allumèrent une à une. Elles recommencèrent à virevolter aux grès de leurs envies. La fillette découvrit avec stupéfaction son interlocuteur. Un elfe de la nuit était debout devant elle. Un être humano?de doté d'une peau d'un bleu profond. Il ne portait qu’un simple pantalon en cuir marron. Les parties visibles de son corps étaient illuminées par une multitude de petits diamants qui reflétaient la lumière comme un ciel étoilé. Donnant l’illusion de voir des constellations, des astres en plein mouvement. Son visage était paisible, affichant un sourire sincère avec ses lèvres bleu nuit. Ses oreilles étaient longues, fines et pointues, s'étendant sur les c?tés. L’une d’entre elles était entaillée à trois reprises. Ses yeux demeuraient clos. Sa chevelure, en cascade, avait la même teinte que celle de Sola?, blanche.

  Sa nature profonde émergea imperceptiblement, se diffusant dans tout son être. C’était le moment qu’elle attendait. Une faille flagrante chez son adversaire. Impossible d’échouer. La fillette observa le sol afin d’éviter de faire un bruit. Un crane sur la gauche, à droite des os émiettés en petits fragments. Devant elle, à environ cinq mètres, se tenait l’intrus et ces maudites racines glissantes. La jeune fille ne voulait pas le tuer, juste le contraindre à l’aider à sortir d’ici.

  Maintenant, se dit-elle, mentalement, guidée par cette nouvelle sensation. Sola? s’élan?a le plus rapidement possible, sans faire de bruit. En tenant l’os ramassé à deux mains, elle visa la tête et frappa de toutes ses forces. L’elfe esquiva de justesse en faisant un bond à l’arrière. La petite fille, emportée par son élan, faillit chuter. à l’aide de sa main gauche, elle attrapa une racine puis laissa son corps faire un tour complet. Cette fois, la fillette visa la rotule gauche de son ennemi. Avec une aisance déconcertante, l’humano?de aux yeux fermés sauta au-dessus de l’arme, juste avant l’impact. La petite fille fut surprise et recula de quelques pas, prudemment. Elle n’avait pas prévu de s’y prendre comme cela. Son corps avait réagi machinalement.

  — Si tu ne m’avais pas attaqué, je t’aurais s?rement laissé mourir dans cette prison. Condamnée à une mort certaine. Dit la voix de l’elfe, sans aucune agressivité. Dans l'éventualité où tu réussirais à me toucher ne serait-ce qu'une seule fois, je t'offrirai un présent que même les divinités convoitent.

  Sola? haletante, commen?ait à ressentir la fatigue et la faim. De plus, cette étrange sensation pulsait ardemment dans son corps. était-ce d? à la peur ? Pourquoi avait-elle attaqué cette elfe ? La fillette immobile sentait un fourmillement affluer à l’intérieur de sa chair, de ses veines et de ses muscles. Ombre et lumière, telle était sa voix. C’était une évidence maintenant. Elle savait ce qu’il fallait faire, c’était là sa véritable force.

  — Tu as peur, mon enfant, tu n’oses plus attaquer ? Si je te touche à deux reprises, je te tuerai ! Un cadavre de plus ne se verra pas dans ce charnier.

  L’elfe de la nuit ne laissa aucune chance à la petite fille. Il parcourut les trois mètres qui les séparaient en un battement de cils. Son avant-bras s’étira pour attraper la gorge de Sola?. La fillette, en transe, esquiva à son tour d'un léger saut en arrière et plongea dans l’ombre. Elle disparut et devint invisible. Quand les doigts de l’humano?de se refermèrent, ils saisirent uniquement de la fumée. Surpris de cette tournure, l’elfe ouvrit enfin ses grands yeux noirs. Au lieu de s’adonner à sa folie destructrice, il préféra rire aux éclats, heureux. C’était bien elle qu'il cherchait.

  Sola? plongée dans les ténèbres, profita de cette brève accalmie pour faire une roulade sur le c?té. Pas le temps de s’adapter à ce nouvel environnement où seules les ombres pouvaient ouvrir des passages. Elle ramassa une poignée d’os broyés et une arme plus adaptée à sa taille. Sur le point de contourner sa cible, la jeune fille re?ut un coup de poing dans le plexus solaire. La puissance de l’attaque la fit décoller du sol. De nouveau à genoux, le souffle court. Comment avait-il pu la voir ?

  — Et d'un ! Sache que tu ne peux pas te cacher, pas avec moi !

  La fillette peina à se relever. Tout allait se jouer sur ce dernier échange. Sola? prit le maximum de distance et repassa à l’attaque. à l’aide de sa main droite, elle lan?a avec furie tous les fragments d’os en direction de son assaillant. Celui-ci para aisément l’assaut en se protégeant avec ses avant-bras. Le bras gauche de la fillette bougea si vite que l’elfe ne vit rien de cette offensive. Elle fut recrachée de ce monde astral et perdit sa furtivité.

  Une main musclée vint attraper le cou de la petite fille avant qu’elle ne tombe au sol. La robe carmin fumait encore d’une vapeur noiratre. Le duel était fini. Il l’avait touché à deux reprises. L’elfe de la nuit ne ressentait aucun plaisir à gagner cette escarmouche. Son sourire semblait avoir disparu. Son plan, qu’il avait minutieusement mis en place, avait échoué lamentablement.

  — Mon enfant, tu as perdu… Ton prochain choix sera cruel. Tu souhaites rapidement mourir ou que je te laisse seul ici ?

  — Vous dites que j’ai perdu ? En êtes-vous s?r ? N’avez-vous rien remarqué ? Dit Sola?, épuisée, mais encore lucide.

  — Mon enfant, la folie te gagne…

  — Votre joue. Celle de droite.

  L’elfe posa sa main sur le c?té droit de son visage, puis regarda le bout de ses doigts. Ils étaient remplis de sang. Comment avait-il pu ne rien sentir ? Que s’était-il passé ? L’homme regarda la petite fille qu’il maintenait fermement.

  Sola? montra sa main gauche. Elle avait glissé une c?te humaine brisée dans le creux de sa paume et fermé le poing. La fillette venait de s’en servir comme une griffe, afin de prolonger sa surface d’attaque.

  — Tu l’as bien méritée, mon enfant. Prends, elle est à toi ! Ensemble, vous pourrez l’aider, quand le moment sera venu !

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