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Chapitre 6 : Entre peur et survie, Lotus Noir

  Perdu dans la foule du marché matinale, un homme semblait paniquer. Une légère brise apportant la froideur de l’hiver faisait voltiger les voilages des étales. Tous ces amas de couleurs obstruaient son champ de vision. Palicron jouait des coudes pour avancer. Le brouhaha des différentes peuplades était assourdissant pour ses oreilles boursouflées. Avec heurts et fracas, l’homme ventru heurta quelque chose.

  La machoire puissante d’un requin humano?de, claqua à quelques centimètres de son visage. Une odeur nauséabonde de poisson, arriva à ses narines surdimensionnées. Il changea brusquement de direction. Tel un porcelet se sachant condamné, fuyant en poussant des petits cris. Palicron peinait à courir. Son ventre proéminent freinait grandement ses enjambées. Se retournant constamment. Des gouttes de sueur lui piquaient les yeux. Par inadvertance, il marcha sur la queue d’un homme lézard. Celui-ci l’injuria en faisant claquer bruyamment sa langue fourchue.

  Les effets de l’alcool s’estompaient peu à peu. Une migraine violente l’empêchait de réfléchir convenablement. Palicron, le regard plissé tentait de se repérer dans cette masse dépareillée. Souhaitant s’éloigner de cette cohue indigne pour un homme de son rang. Le lieu de rendez-vous qu’on lui avait donné, était loin de ses quartiers de prédilection. Pour lui, tout se ressemblait ici.

  à l’aide de sa main, il plaqua ses cheveux blonds, filasses, à l’arrière de son crane dégarni. à présent, son corps entier était recouvert de sueur. La tunique bleu turquoise et son pantalon long, marron, arrivaient à saturation. Pour lui qui était à la mode, c’était un sacrilège. Sa respiration saccadée produisait un petit sifflement à chaque inspiration. Machinalement, il palpait sa hanche droite. Vérifiant que sa bourse cachée était toujours à sa place. Palicron se massa les tempes à l’aide de ses doigts boudinés remplis de bagues. Que lui avait dit déjà ce tavernier douteux ?

  - Je connais quelqu’un qui conna?t quelqu’un qui peut t’aider ! Lui glissa discrètement le propriétaire de la taverne, mal rasé et le teint blafard.

  - Qui ? Dit Palicron en hurlant.

  - Chut, pas si fort, tu veux ternir ma réputation, chiabrena ?

  - Non, désolé… Qui est cette personne ? Où la trouver ? Chuchota timidement l’homme bedonnant.

  - J’ai entendu une brute locale en parler. Il expliquait à son comparse, comment faire taire un témoin gênant de fa?on définitive. Lhomme aux cheveux noir passa lentement un doigt sous sa gorge… Pour appuyer ses propos.

  - C’est quoi cette histoire, tu cherches à me duper, escroc ! Beugla-t-il. On m’a envoyé vers toi pour ? tes connaissances ?, pas pour me faire perdre mon temps. Je veux que cette garce meure sur-le-champ. Et le plus vite possible.

  - Tais-toi ! Bougre d’imbécile ! Si tu ne veux pas te faire attraper par les gardes de la ville. Sycophante, tient ta langue, sinon, c’est moi qui te fais éliminer. Susurra le tenancier au sourire sadique. Maintenant, écoute-moi et ne m’interrompt pas.

  Palicron quitta la foule et le vacarme en bifurquant dans une petite ruelle étroite. Malgré un soleil haut dans le ciel, tout était étonnant sombre. Cette venelle ressemblait à un labyrinthe avec toutes ces rues qui zigzaguaient et s’entrecoupaient. Plus il s’enfon?ait, plus un sentiment de malaise le tiraillait. Quelque chose dans l’air était oppressant. Le noblion dodue cherchait depuis plusieurs minutes cette marque gravée sur une porte en bois. Un lotus noir.

  Palicron croisa un mendiant qui marchait à l’aide d’une cane de fortune. Celui-ci empestait l’alcool. Il portait un cache ?il et des haillons en piètre état. Le gueux lui tendit la main et renacla bruyamment. Impossible pour l’homme bedonnant de discuter avec une telle engeance.

  - Dégage de là, déchet ! Vociféra Palicron. Ne me touche pas avec tes sales pattes.

  Le miséreux voulut s’éloigner, vexé, mais trébucha. Durant sa chute, il effleura la tunique du noble malencontreusement. étalé sur le sol poussiéreux, le pauvre malheureux marmonnait des excuses. Il eut comme seule réponse, un énorme coup dans son flanc droit. Palicron, lui cracha dessus et l’injuria copieusement. Fier de sa victoire éclatante, il partit sans même se retourner.

  Le mendiant toujours au sol, avait un sourire satisfaisait en soupesant la bourse qu’il venait habilement de subtiliser.

  - Madame BriseSonge va être ravie. Dit-il mentalement.

  ***

  Cela faisait environ une heure que l’homme ventru déambulait dans ce dédale. Ses pieds étaient douloureux, peu habitués à de si longues marches. Fatigué, il ne parvenait pas à trouver cette maudite porte en bois marquée d’un lotus noir. D’ailleurs, malgré les maigres études qu’il avait fait, il ne savait pas à quoi ressemblait un lotus. En farfouillant dans sa mémoire, Palicron se refit la scène.

  - Il existe un moyen pour résoudre ton petit souci. Murmura le tenancier, en scrutant les alentours de sa taverne. Une mystérieuse guilde d’assassins propose ses services contre rémunération. Elle s’appelle, Lotus Noir. Ils acceptent tous les contrats et sont terriblement efficaces.

  Un bruit sourd coupa leur conversation. Un jeune homme s’était relevé subitement en faisant valser le tabouret et la table en bois massif. Une chope à la main, de la mousse plein la barbe. Il tenta d’articuler quelques mots. Le gaillard solide fit un pas puis tomba à plat ventre, de tout son long. Les clients présents se regardèrent mutuellement, sans s’émouvoir. Dès le premier ronflement de l’homme étendu, face contre sol, les discussions reprirent gaiement.

  - Je disais donc, que pour régler ton problème rapidement, c’est à eux qu’il faut s’adresser. Cent pièces d’or devraient suffire pour conclure le contrat.

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  Palicron incrédule, avala sa salive de travers. Il eut une quinte de toux, mais ne pronon?a pas un mot.

  - Pour les trouver, tu devras chercher dans l’arrière ville, une porte en bois avec un motif très particulier gravé dessus. Celui d’un lotus noir. Ce quartier est dangereux, alors ne prends rien de susceptible d’être volé. Pas d’armes non plus ! Ah oui, j’allais oublier le plus important, les petits truands m’ont expliqué comment faire pour rentrer. Il faut taper trois fois sur la porte, attendre dix secondes précisément puis taper deux fois de nouveau. Après, si j’ai bien compris, faut entrer et attendre dans la pièce.

  ***

  Cela faisait deux fois que le noblion passait devant une maison en ruine. Sur le point de baisser les bras, il entendit une voix enfantine puis des éclats de rire.

  - Par ici, monseigneur !

  Palicron ne vit personne, mais repéra d’où venait les pas qui résonnaient. Quelqu’un était parti en courant dans une allée dissimulée. Il se hata pour attraper ce garnement. Peut-être pouvait-il l’aider dans ses recherches ? Infructueuses, jusqu’alors…

  - Là, Monsieur le Gentilhomme ! Dit la voix, avec un rire entra?nant.

  L’homme au ventre démesuré peinait à pister sa jeune proie. Il était s?r d’avoir vu un mouvement à sa droite. Au moment de s’engouffrer dans une nouvelle impasse, il eut un sifflement strident.

  - Non, vous vous trompez, seigneur !

  La respiration haletante, un léger voile venait occulter sa vision. Le manque de sommeil, l’alcool et les différentes substances qu’il avait ingérées cette nuit, l’affaiblissaient grandement. Le reste de cette poursuite allait se terminer en marchant. Lentement. Pas-à-pas, Palicron avan?a.

  Débouchant dans un cul-de-sac encore plus sombre que les ruelles précédentes. Le temps d’acclimater ses yeux à cette nouvelle pénombre, il fit un rapide état des lieux. Tout autour de lui, il y avait des maisons à étages. Beaucoup étaient en décrépitudes. Les structures majoritairement en pierre et en bois tenaient encore debout par miracle. Des voilages disposés de toit en toit empêchaient les rayons de soleil de passer. Créant une atmosphère angoissante.

  Là ! Palicron l’aper?ut enfin.

  Il tomba à genoux. Son calvaire allait bient?t se terminer. à quelques mètres devant lui, se trouvait une porte d’un blanc éclatant. Jurant avec le décor ambiant. Le motif dont le tavernier avait parlé était bien présent. Il y avait un cercle parfait d’un trait continu. à l’intérieur, la représentation d’un lotus à sept pétales. Un second cercle, plus grand que le premier, était fait avec des runes de pouvoir, espacés à intervalles réguliers. Une arabesque, en forme de volupte, partant sur la droite, prenait naissance en haut du second cercle. Son exact opposé, démarrait au antipode de ce même tracé. Le noir mat du dessin contre balan?ait avec la blancheur de la porte.

  Palicron saisit l’anneau, savamment dissimulé dans le motif puis heurta la porte à trois reprises. Il compta mentalement jusqu’à dix. Toqua deux fois supplémentaire. Rassemblant sa force dans ses bras potelés, l’homme tira violemment le heurtoir vers lui. Dans un grincement bruyant, le vantail s’ouvrit. L’intérieur était surprenant. La pièce n’avait aucun meuble, ni de fenêtre et nulle autre sortie. Seule la cheminée au fond de la salle, apportait une maigre lumière, avec son feu déclinant. à part quelques crépitements, le calme y était absolu.

  Rien dans cette pièce unique ne mettait alaise. Les murs et le plafond étaient tout noir. Le plancher était fait avec du bois de récupération. à chaque pas du noble, les planches craquaient de douleurs, à la limite de rompre. Palicron se disait pour lui-même, qu’il était impossible de le surprendre dans son dos. Il fit quelques pas, accompagné par le craquement du bois, pour observer les lieux. C’était le néant. Combien de temps devait-il attendre ? Devait-il appeler quelqu’un ? était ce un piège ?

  Perdu dans ses pensées, l’homme rondouillard fixait l’atre. C’était la seule chose qu’il pouvait faire à part patienter. Les flammes lui offraient du réconfort dans toute cette noirceur. Palicron se trouvait juste devant le foyer. La b?che entamée offrait ses dernières minutes de clarté. Le crépitement avait quasiment disparu. Il ne sentit pas arriver le danger. Pourtant, elle était déjà là, plongée dans l’ombre. L’observant.

  Sans un bruit, la lame tranchante d’une dague se glissa sous la gorge de l’homme hébété. Une légère pression sur la peau fit immédiatement sortir Palicron de sa torpeur. Il était à présent raide comme un baton. N’osant plus bouger. à peine respirer. Aucun son n'était arrivé jusqu’à ses oreilles. Pas même un craquement significatif du plancher. Impossible. Rêvait-il ? Non, bien s?r et il le savait. L’arme appuyait sur sa jugulaire, annon?ant un funeste destin.

  - Bouge et tu es mort ! Dit une voix féminine, sévère. Manque-moi de respect et ta triste vie prend fin ici et maintenant. Quand je te pose une question, tu réponds immédiatement. Si ta réponse ne me pla?t pas, alors…

  Palicron déglutit difficilement, figé par la peur. Il regrettait d’être venu jusqu’ici. Une vague de froid remonta le long de sa colonne vertébrale. La terreur prenait peu à peu le dessus.

  - Qui es-tu ? Dit la voix, sans ménagement.

  - Je… Je… M’ap… Pelle Pali… Cron. Dit il, en bégayant.

  - Qui t’a parlé de cet endroit ?

  - Le tavernier, madame. Je ne connais pas son nom. Il gère le…

  La dague entailla superficiellement la chaire. Faisant perler des gouttelettes de sang.

  - Il n’y aura aucun autre d’avertissement ! Dit la femme de fa?on autoritaire. Ta vie ne m’intéresse guère. Quelle est la cible ?

  - Eulalie SombreSang, madame. Dit rapidement le noble souhaitant ne pas mourir ici.

  - Profession ?

  - Sorcière, madame.

  - Liens familiaux ?

  - Aucun ! Dit Palicron, à deux doigts de jurer.

  - Tu estimes sa vie à combien de pièces d’or ? Dit la voix féminine, presque amusée.

  - 100 pièces d’or, madame.

  - Tu n’as aucun argent sur toi, comment comptes-tu payer ?

  Avant de formuler sa réponse, Palicron tapota subtilement sa hanche droite. Là, où se trouvait sa bourse cachée. Rien. Son sac, rempli d’or, avait disparu. Son c?ur s’arrêta de battre. Il allait mourir ici, loin de son confort. Aucun mot sorti de sa bouche. Une larme glissa sur sa joue boutonnée. Le silence s’éternisa.

  - J’estime ta vie à cinq cents pièces d’or. Tu as vingt-quatre heures pour m’apporter l’argent. Ne tente rien de stupide. Sinon, même la mort ne pourra plus rien pour toi. Dit la voix féminine, laissant planer aucun doute.

  Fou de joie et de ce revirement de situation, Palicron n’osa pourtant pas bouger. L’assassin dans son dos tenait toujours une dague sous sa gorge. Il eut une curieuse sensation, ses jambes étaient devenues étrangement lourdes. Le noble commen?a à trembloter. Ses yeux avaient du mal à rester ouvert. Il mit cela sur le compte du stress subit ces dernières heures. Sans le vouloir, sa jambe gauche lacha et il s’écroula lamentablement sur le sol poussiéreux. Palicron tenta de s’excuser, mais seulement quelques gargouillis sortirent.

  - La prochaine fois, tu respecteras les gens du peuple, les vrais ! Dit la femme en sortant de l’ombre.

  L’homme par terre re?ut deux énormes coups dans le flanc droit. à la limite de l’inconscience, il hurla de douleur puis perdit connaissance.

  Ce fut le vacarme ambiant qui réveilla Palicron de son sommeil forcé. Non loin de lui, des so?lards criaient et dansaient sur une chanson paillarde très rythmée. La nuit était déjà bien entamée. Il prit conscience de sa nudité totale quand se relevant. Caché dans une ruelle adjacente, personne ne l’avait encore remarqué. Il chercha du regard une solution pour se tirer de ce mauvais pas. Rien à gauche… Rien à droite… Seul espoir, devant lui, il y avait des caisses empilées, laissées à l’abandon. La surprise fut grande quand par bonheur, il trouva des habits dedans. La déception fut encore plus grande quand il les examina. Les vêtements étaient des fripes sales et usées. Empestant l’alcool, l’urine et s?rement d’autres choses…

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