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Chapitre 5 : Red Velvet

  Franchement, si je devais faire la liste des trucs gênants que j'ai faits cette semaine, celui-là remporterait la médaille d'or, sans hésiter.

  Une scène digne d'un sketch sur les mauvaises techniques de drague.

  Ou de harcèlement, selon le point de vue.

  Je sais pas encore ce qui est pire.

  Maintenant, chaque fois que je repense à son regard, j'ai l'impression d'être soit un détraqué, soit un dragueur incel. Et le pire, c'est que j'arrive pas à décider laquelle des deux options me colle le mieux.

  Je soupire, la main dans les poches, essayant d'oublier. Mais bien s?r, elle est là. Dans le couloir, à quelques mètres, marchant vite en mangeant un kinder, comme si le sol br?lait derrière elle.

  évidemment. Le destin adore me tendre des pièges idiots.

  Je pourrais la laisser passer. Faire genre que je ne l'ai pas vue.

  Mais non. Mon cerveau a décidé de ruiner ce qu'il reste de ma dignité.

  — Hé. Juste... deux secondes.

  Elle s'arrête, se retourne à moitié, les yeux plissés comme si elle essayait de deviner si j'allais encore sortir une connerie.

  — Quoi encore ?

  Sa voix est calme, trop calme. Le genre de calme qui cache un volcan.

  — Je voulais juste... parler, deux secondes. Promis, pas de phrase chelou cette fois.

  Elle soupire, croise les bras.

  — Si c'est encore à propos de tout à l'heure, j'en sais rien, d'accord ? Je sais pas ce que t'as vu ou cru voir, mais c'est pas mon problème.

  Je hoche la tête. Ok. ?a, c'est ce qu'elle dit.

  Mais sa voix tremble un peu, presque imperceptiblement. Et ses yeux évitent les miens une fraction de seconde trop longtemps.

  Elle ment.

  Je sais pas comment je le sais.

  C'est pas logique, c'est pas raisonné, c'est juste là.

  Comme une vibration dans l'air, une dissonance dans la fa?on dont les mots sortent.

  Je sens quand les gens mentent.

  Et là, c'est flagrant.

  — D'accord, tu sais rien mais le truc c'est que j'ai l'impression de-... tu peux arrêter de macher quand j'te parle?

  — Mais c'est si bon...

  Je secoue la tête, un sourire nerveux aux lèvres.

  — Je sais que t'es spéciale.

  — Désolée, je les préfère plus costauds, balance-t-elle sans lever les yeux.

  — Et moi, sans chocolat autour de la bouche, je réplique du tac au tac.

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  Elle déglutit, surprise par la vitesse à laquelle j'ai répondu. Un léger rictus lui échappe.

  Mais ses yeux... eux, ne sourient pas.

  — Sérieusement, Mara, tu sais quelque chose, non ?

  Elle soupire.

  — Non. Rien. J'sais même pas de quoi tu parles.

  Elle ment, la aussi.

  C'est comme si une note fausse résonnait dans ma tête, comme si tout en elle criait "mensonge".

  — Ouais, bien s?r, dis-je calmement.

  Elle arque un sourcil.

  — Quoi, "ouais bien s?r" ?

  — Rien. Continue à mentir, t'es presque convaincante.

  Elle lève les yeux au ciel.

  — T'es insupportable.

  Je souris.

  — J'sais. Mais avoue, ?a t'fait un peu rire.

  Elle secoue la tête, amusée malgré elle, puis s'éloigne.

  — J'dois aller bosser.

  Je la regarde s'en aller, la lumière du néon dessinant un halo autour d'elle.

  Et sans trop réfléchir, je me dis que j'vais la suivre.

  Je la suis dans le couloir, pas vraiment en mode ninja, juste... en marchant vite.

  — Hé, t'essaies de me suivre ou tu cours un marathon ? lance-t-elle sans se retourner.

  Je hausse les épaules.

  — Je me demandait juste ou est ce que tu bossais, peut etre que tu pourrais ramener un client?

  Elle rit, secoue la tête.

  — Sérieusement, tu crois que c'est discret, ce que tu fais ?

  — Discret ? Moi ? J'inspire le secret, réponds-je, l'air convaincu.

  Elle s'arrête un instant et me lance un regard en coin.

  — Bon, ok, t'es un peu flippant, mais pas trop... pour l'instant. Tu peux venir mais tu va raquer.

  Je fronce les sourcils, intrigué par le "pour l'instant".

  — Pour l'instant ?

  Elle fait mine de réfléchir, croque dans son 2e kinder, et me dépasse.

  — Rien à voir, j'ai juste faim.

  On sort du batiment universitaire. Le soleil tape légèrement sur le bitume, mais je ne le remarque même pas.

  Les rues défilent autour de nous, des trottoirs étroits bordés de cafés fermés et de boutiques aux rideaux métalliques. L'odeur du bitume mouillé se mêle à celle des croissants br?lés d'une boulangerie qui n'a jamais ouvert. Les lampadaires encore allumés laissent des halos tremblotants sur les murs, et je sens un frisson remonter mon dos.

  Je me souviens de la nuit dernière. La ruelle étroite, l'ombre mouvante, le téléphone qui vibre, les photos... ce mélange de curiosité et de peur. J'avais pris un chemin différent, persuadé de semer celui qui me suivait. Et pourtant, chaque pas semblait prévu d'avance, chaque coin anticipé. Comme si quelqu'un connaissait tous mes itinéraires avant même que je les imagine.

  Je repense à cette sensation étrange, celle de marcher dans un monde qui n'était pas tout à fait le mien, de sentir chaque respiration d'air chargée d'anticipation.

  Les bruits de pas derrière moi, imaginaires ou non, les lampes clignotantes qui semblaient compter les secondes... et cette impression que mes souvenirs de cette nuit-là n'étaient pas totalement à moi. Comme si je me souvenais de quelqu'un d'autre, de quelque chose d'autre.

  Je secoue la tête, essayant de chasser cette pensée. Les pavés sont irréguliers, et le reflet des néons sur les flaques d'eau me donne l'impression d'avancer dans un tableau qui se tord et se replie sur lui-même, exactement comme dans le dessin que j'ai fait ce matin.

  Et malgré tout, elle marche devant moi, insouciante, machant son.. 4e Kinder Bueno !? Mais qui est cette femme !? Et tout ca comme si rien n'était anormal dans cet univers qui sent la tension à plein nez.

  Mon attention est entièrement sur elle.

  Elle s'arrête devant une fa?ade sombre, l'enseigne clignotante révélant un nom que je n'avais jamais vu : red velvet...

  — Me dit pas que tu travailles dedans.

  J'ai dit ?a du tac au tac, mais faut me comprendre, suivre une inconnu dans un club de strip tease c'était pas dans mon horoscope. Déjà que j'trouve ?a pas bien viril d'être vierge.

  — T'as un problème ? Disait elle, amusée, comme si ma réaction ne la choquait pas le moins du monde.

  Elle me jette un regard, moitié amusé, moitié exaspéré.

  — Je m'occupe de la comptabilité et de la gestions de ressources, t'aura pas l'occasion de me voir danser.

  — Ouais bah pour la peine, t'aura pas de billets.

  Elle rit, secoue la tête et dispara?t à l'intérieur. Je reste planté devant la porte, le nom du club brillant dans mes yeux.

  — T'as un métier bizarre.

  J'avoue, ?a je l'ai dit avec un peu de mépris

  — Et toi t'as un prénom de merde.

  Si elle savait que ce prénom c'est mon fardeau depuis ma naissance.

  En tout cas, là, je me rends compte que je viens de franchir une ligne que je n'avais même pas vue venir.

  Elle s'arrête un instant et me jette un regard en coin.

  — Tu avais déjà vu un endroit comme ?a avant??

  Je hausse les épaules.

  — Uniquement dans GTA.

  Elle lève un sourcil, amusée.

  — Bien. Juste pour que tu saches... si je t'ai toléré à me suivre jusqu'ici, c'est uniquement parce que je veux que tu craches ta thune dedans. Et surtout, tu ne dis rien à personne.

  Je fronce les sourcils.

  — Sinon quoi??

  Elle sourit, un brin sadique.

  — Sinon, je vais raconter à tout le monde que tu m'as dit des trucs bizarres en cours... Pourchassé dans les couloirs... Puis que tu m'as suivi jusqu'au travail.

  Je ricane.

  — Et tu n'auras même pas menti.

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