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Volume 2 : Chapitre 12 - Échos du Passé

  Le bruit de quelqu'un frappant à la porte la tira de son sommeil en sursaut. Cerena s'était rapidement assoupie après son arrivée la veille : la fatigue et l'inquiétude qui la rongeaient l'avaient épuisée.

  La lumière filtrant à travers les rideaux suggérait que le soleil était déjà levé depuis quelques heures.

  Cheveux ébouriffés, elle se leva d'un bond et tenta de remettre de l'ordre dans sa tenue et ses pensées. Comment sa première nuit au palais avait-elle pu sembler si paisible ?

  Elle était persuadée que l'Empereur aurait été en colère après sa fuite cinq ans plus t?t, et qu'il l'aurait réprimandée à son retour. Pourtant, suite à sa confrontation de la veille, il ne lui restait qu'un sentiment d'incompréhension et de malaise, et il n'était pas non plus revenu la voir.

  Ses précédents contacts avec l'Empereur avaient été pour le moins houleux, bien que lointains. Après les mois d'abus qu'elle avait subis, elle n'avait plus jamais revu l'Empereur. L'intervention fortuite d'Owen l'avait conduite aux cachots pour le reste du temps passé au palais, et elle n'avait gardé aucun souvenir de la fa?on dont les choses s'étaient terminées.

  Mais les sévices n'étaient pas sa seule crainte. Les longs mois d'isolement et de solitude lui avaient infligé une profonde détresse psychologique. à l'époque, seule la présence d'Owen parmi ces murs lui avait permis de tenir…

  Mais ce n'était plus le cas. Désormais, elle était seule en territoire ennemi, et personne ne viendrait la sauver. Du moins l'espérait-elle : bien qu'elle déteste cet endroit — et ce qu'il représentait — par-dessus tout, elle était prête à l'accepter, si cela pouvait permettre à ses enfants de vivre sains et saufs, loin d'ici, en liberté. Mieux valait que ce f?t elle.

  On frappa à nouveau à la porte. Cerena, au centre de la pièce, fit face à l'origine du bruit et l'invita à entrer.

  La porte s'ouvrit doucement, et une femme d'age moyen se glissa à l'intérieur, portant un plateau. Elle s'inclina légèrement et referma la porte, puis se tourna vers Cerena. Son visage s'illumina d'un sourire, les yeux pétillants.

  — C'est un honneur de vous revoir, Ma Dame, déclara-t-elle.

  Cerena fron?a légèrement les sourcils et réfléchit un instant, tentant de se rappeler son visage. Elle avait pris quelques rides, mais il s'agissait de sa suivante, lors de son précédent séjour au palais. Un vague souvenir lui revint en mémoire : dans la froideur du cachot, alors que la faim et l'épuisement avaient presque eu raison d'elle, la visite de sa suivante lui avait apporté une légère touche de réconfort.

  à ce souvenir, les yeux de Cerena se remplirent de larmes, qui refusèrent de tomber.

  La suivante déposa délicatement le plateau sur la table.

  — Je suis ravie de vous voir en si bonne forme, ajouta-t-elle.

  Elle fit une pause, réfléchissant.

  — J'ai souhaité de tout mon c?ur que vous restiez saine et sauve.

  Son étonnante sollicitude suscita chez Cerena un regard à la fois interrogateur et inquiet.

  — Ne risquez-vous pas… d'avoir des ennuis, en m'adressant la parole ? demanda-t-elle.

  La suivante sourit, et répondit avec tendresse.

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  — Ne vous inquiétez pas, Ma Dame. Les choses ne sont plus comme avant. Je sais qu'il peut para?tre dur, mais Sa Majesté sait aussi se montrer compréhensive. Vous finirez s?rement par le remarquer, vous aussi.

  Cerena haussa les sourcils, dubitative. Il était impossible que les choses soient si simples. C'était certainement un stratagème pour la manipuler. Elle n'était plus cette jeune fille na?ve ; elle ne se laisserait pas berner une seconde fois.

  — J'ai entendu dire que vous aviez fait un long voyage. Je vous ai apporté de quoi vous sustenter. Prenez votre temps. Je reviendrai avec des habits propres et de quoi vous décrasser.

  La femme quitta la chambre sans plus attendre. Cerena attendit le son des clés tourner dans la serrure… qui ne vint jamais.

  Elle trouvait cela étrange, pensant qu'elle avait probablement fait preuve de négligence. Mais elle était trop affamée pour s'en soucier réellement. Elle s'assit à table et scruta un à un les mets disposés sur le plateau et qui lui mirent l'eau à la bouche. Elle prit un quignon de pain, et alors qu'elle s'apprêtait à mordre dedans à pleines dents, elle s'arrêta soudainement, saisie par un doute profond.

  Dans son esprit, l'Empereur n'avait encore jamais cherché à l'empoisonner… mais pouvait-elle seulement en être s?re ? Lors de leur toute première rencontre, elle avait perdu connaissance… Peut-être avait-elle été droguée à son insu ? Et si la situation se répétait ?

  Par prudence, elle décida finalement de ne pas toucher à la nourriture. ? Tant pis pour la faim ?, se disait-elle. Elle survivrait, comme toujours.

  ???

  Un moment plus tard, la suivante revint avec deux gardes à sa suite, chacun portant des seaux d'eau chaude. Le grand baquet de sa chambre en fut rempli après plusieurs allers retours, et les gardes les laissèrent dans l'intimité.

  Elle remarqua les plats restés intacts, et fron?a les sourcils.

  — Ma Dame, il faut manger, dit-elle d'un ton soucieux. Vous devez reprendre des forces.

  Sans un mot, Cerena détourna le regard. La suivante poussa un soupir.

  — Vous n'avez rien à craindre.

  Elle s'approcha de la table.

  — Que cela reste entre nous, je vous prie.

  Elle coupa un petit morceau de pain et le porta à ses lèvres. Elle prit ensuite la coupe, la remplit d'eau et la bu d'une traite.

  — Ce n'est pas empoisonné. J'en réponds personnellement.

  Cerena, les yeux écarquillés, n'en revint pas. Personne n'avait jamais pris un tel risque pour elle, au palais. Pas même sa suivante. Elle en resta coite.

  — Commen?ons par faire votre toilette… si vous me le permettez, conclut la femme.

  Après l'avoir dévêtue, elle invita Cerena à entrer dans le baquet, lui massant et lui épongeant le corps délicatement.

  Le voyage qui avait duré tout un mois, ne lui avait pas offert une seule véritable pause. Elle avait d? garder les mêmes vêtements, de jour comme de nuit. C'était donc la première fois depuis tout ce temps qu'on lui offrait un instant de détente. Elle avait presque oublié cette sensation de propreté ; les huiles parfumées exhalant de l'eau tiède lui faisaient légèrement tourner la tête.

  Elle n'avait jamais oublié la sensation de chaleur qui se dégageait des mains de sa suivante, lorsqu'elle la coiffait avec douceur, dernier contact humain qu'elle avait re?u avant de fuir le palais. Aujourd'hui encore, ce geste lui donna une étrange impression de sécurité, fragile et mensongère, dans ce palais où les apparences étaient trompeuses.

  Après sa toilette, la suivante lui fit passer une nouvelle tenue — plus légère que celle avec laquelle elle avait quitté le village. Elle s'inclina ensuite avec respect et quitta la pièce. Une nouvelle fois, la porte ne fut pas verrouillée.

  Cerena, pensant qu'elle n'était pas au bout de ses surprises, décida finalement de manger, tant qu'elle le pouvait.

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