Le cortège militaire arriva enfin aux portes extérieures du palais. Le palanquin fut déposé et le Capitaine descendit de sa monture, la confiant à un soldat, tandis que le reste de la compagnie s'écarta.
— Ma Dame, j'ai le plaisir et l'honneur de vous informer que nous sommes arrivés, dit-il au travers des rideaux.
Après quelques instants, ceux-ci finirent par s'écarter doucement, laissant entrevoir la jeune femme, le regard fixant le sol. Le Capitaine lui tendit la main et s'inclina bien bas.
— Permettez-moi de vous aider, dit-il simplement.
La main tremblante, elle prit la sienne et posa un pied après l'autre à terre. Le voyage avait été long et ses membres étaient endoloris à cause de l'inactivité. La poigne ferme mais délicate du Capitaine l'aida à trouver son équilibre après quelques secondes.
— Par ici, je vous prie, continua-t-il, lui indiquant le pont de lune au-delà du portail.
L'homme la laissa ouvrir la marche et la suivit à un pas de distance, le reste de la compagnie restant à l'entrée de la cour du palais.
Ils passèrent au-dessus d'un étang où des carpes ko? nageaient joyeusement. Il était bordé par une pelouse verdoyante et des arbres au feuillage rouge vif. Cerena observait attentivement chaque détail du jardin, les gravant dans sa mémoire, craignant de ne jamais en revoir les couleurs chatoyantes.
Ils ne disaient rien et avan?aient d'un pas régulier. Bien qu'elle marchat à une allure lente, il ne chercha pas à la presser.
Aux portes menant à l'intérieur se trouvaient deux statues mena?antes de lions gardiens, mais également deux gardes, qui leur ouvrirent en s'inclinant à leur passage.
Ils arrivèrent dans un long couloir droit. Le son de chaque pas qu'ils faisaient résonnait sur les murs, les lumières vacillantes des chandeliers éclairant faiblement les alentours. Le plafond vo?té était porté par d'énormes piliers en bois peints de rouge, tandis que le sol était recouvert de marbre et de jade.
Il menait à une grande salle carrée, qui donnait elle-même sur plusieurs autres pièces. Le Capitaine fit s'arrêter Cerena et s'adressa à un garde qui se trouvait là. Ils échangèrent quelques mots qu'elle ne put distinguer, puis le garde s'en alla.
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Ne sachant pas ce qu'il se passait, elle jeta un ?il inquiet au Capitaine, qui ne la regardait plus, mais fixait un point au loin. L'homme presque chaleureux qui l'avait accompagnée pendant tout un mois semblait avoir disparu, devenant un simple soldat, protocolaire, froid et distant, dont la présence ne la rassurait plus.
Son changement de comportement était évident, mais quelle en était la raison ? était-ce parce qu'ils se trouvaient dans le palais ? Ou parce que l'Empereur allait arriver d'un instant à l'autre ? Serait-elle à nouveau complètement seule et isolée, comme cela avait été le cas par le passé ?
Cette idée l'effraya par-dessus tout. Le souffle court et une douleur naissante dans la poitrine, elle se mit à jeter des regards nerveux de toutes parts, s'imaginant à chaque instant voir surgir l'homme qu'elle redoutait le plus.
Les minutes qui s'écoulèrent lui parurent une éternité, et, cédant à la panique, elle recula d'un pas, puis de deux, pensant qu'il n'était peut-être pas encore trop tard pour rebrousser chemin.
Mais elle rencontra une résistance. Le Capitaine, regardant toujours droit devant lui, s'était placé derrière elle, lui coupant la route.
— Je regrette, Ma Dame, mais je ne peux pas vous laisser partir, murmura-t-il sans la regarder.
Cerena tressaillit de tout son corps. Secouant la tête, elle essaya de répondre, mais aucun mot ne quitta ses lèvres.
L'homme poursuivit :
— Je vous prie de bien vouloir patienter. Ce ne sera plus très long.
Elle lui jeta un regard suppliant, mais il l'ignora complètement.
???
Une porte s'ouvrit, faisant sursauter Cerena. Le garde qui était parti plus t?t était enfin revenu. Il fit un signe de la tête au Capitaine, qui invita la jeune femme à avancer. Ils traversèrent la salle en direction de la porte d'où était venu le garde.
Cerena avait passé deux ans au sein de ce palais. Pourtant, elle n'en savait presque rien. Elle n'avait jamais pu quitter sa chambre, ni eu le loisir d'explorer, et n'avait découvert qu'à ses dépens l'intérieur des ge?les. Elle ignorait où se trouvait l'Empereur, quelle était sa routine, et où se trouvaient ses appartements. Elle n'avait eu qu'un vague aper?u des lieux, lors de sa première arrivée au palais, mais aurait bien été incapable de s'y retrouver dans ce dédale de couloirs.
Pourtant, au fond d'elle-même, elle savait. Quelque chose lui criait qu'il l'attendait, juste derrière cette porte.
Elle sentit la sueur froide perler le long de sa nuque, et un frisson lui parcourut l'échine. Elle ne pouvait empêcher ses mains de trembler. Alors qu'ils approchaient de la porte, elle eut une bouffée de chaleur et un vertige, comme si la pression qui l'accablait était palpable.
Il était trop tard : reculer était désormais impossible.

