Durant son isolement, un jour en particulier la marqua : celui de son dix-neuvième anniversaire. Elle était arrivée au palais il y avait presque un an. Elle repensait à tout ce qui s'était passé depuis.
Pourquoi avait-il fallut qu'elle suive l'Empereur sans demander plus d'explications ?
Lui lui aurait-il seulement laissé le choix, si elle avait refusé ?
Ses parents s'inquiétaient-ils de sa disparition ?
Et Owen… était-il bien traité ?
Ses journées de solitude et d'ennui lui laissaient tout le temps pour y réfléchir, tandis que ses nuits restaient troublées par les traumatismes des mois passés.
Une nuit, la jeune fille rêva d'Owen. Elle n'en garda pas un souvenir précis, mais elle avait le sentiment qu'il avait été à ses c?tés pendant quelques instants.
Des rêves similaires se produisirent à plusieurs reprises au cours des semaines suivantes, chassant peu à peu les cauchemars qui troublaient encore son sommeil.
Elle pouvait le voir, lui parler, et même le prendre dans ses bras. Il l'écoutait, lui répondait. C'était comme si le simple désir de le retrouver — son plus grand souhait — lui avait été accordé, brisant peu à peu son isolement.
Elle se réveillait de bonne humeur, chérissant ces vagues illusions comme des trésors dont elle était la seule à conna?tre l'existence.
Cela lui permit de tenir pendant six longs mois, durant lesquels rien d'autre ne vint perturber son quotidien.
Un matin, le rêve de la nuit passée lui resta parfaitement en mémoire. Owen lui avait alors dit, avec un regard qu'elle ne lui connaissait pas : ? Je vais venir te chercher ?. Dans ce rêve, il avait l'air bien différent de lors de sa dernière visite, plus agé, les cheveux bien plus longs.
Serait-ce une sorte de prémonition ? était-ce lié à ce pouvoir dont lui avait parlé l'Empereur ? Tout ceci ne fit que soulever plus de questions. Mais, sans aucun élément de réponse à disposition, elle décida de laisser cette pensée de c?té pour l'instant.
???
Quelques jours plus tard, alors qu'elle était assise à table, elle entendit la porte s'ouvrir. Sa suivante étant déjà venue ce jour-là, elle ne s'attendait pas à une autre visite de sa part.
Elle craignit de voir à nouveau surgir l'Empereur. Cependant, à son grand étonnement, ce fut une toute petite silhouette à la chevelure argentée qui apparut dans l'entrebaillement de la porte.
— Owen ? C'est bien toi ?
— Oui, maman.
Il s'approcha de sa mère, qui se leva pour se laisser tomber à genoux et l'enlacer tendrement.
— Que fais-tu là ? Si l'Empe… ton père l'apprend, il risque de se facher.
— Je sais. Ne t'inquiète pas. Je lui parlerai.
— Mais…
— Je te l'avais dit, non ?
— Quoi donc ?
— Que je viendrai te chercher.
Le c?ur de la jeune fille bondit dans sa poitrine.
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Elle se recula légèrement, posa délicatement les mains sur ses épaules, et le dévisagea des pieds à la tête. Il avait exactement la même apparence que dans son rêve : un petit gar?on, agé d'environ cinq ans, dont les cheveux argentés lui arrivaient aux épaules.
Elle écarquilla les yeux d'incrédulité.
— Comment ? Ce n'était pas un rêve ?
— Non. J'ai souhaité te voir, si fort que mon rêve s'est réalisé. Je suis venu dans tes rêves. On s'est vraiment parlé.
La jeune mère se pin?a les lèvres afin de réprimer les larmes qui lui montaient aux yeux.
— Chéri, dis-moi, est-ce qu'il t'a fait du mal ?
— Père ? Non, je ne le vois pas tant que ?a. Et toi, est-ce qu'il t'a encore blessée ?
Elle secoua la tête. Elle marqua une pause, puis dit.
— Je t'aime Owen. Je ne veux pas te perdre. Tu es tout ce que j'ai. Tu devrais partir pour le moment. S'il vient, on risque tous les deux d'avoir des problèmes, et je ne veux pas qu'il s'en prenne à toi.
— Mais maman…
— Ne t'en fais pas pour moi. Rien que de te voir, maintenant, si beau et si grand, c'est déjà le plus beau jour de ma vie. Tout ira bien. Et puis, on se parlera à nouveau dans nos rêves, pas vrai ? La voix tremblante de la jeune fille trahissait sa peur, qui s'accentuait à mesure que les minutes passaient.
— Maman.
— Oui ?
— Il arrive.
Elle eut un frisson et un mouvement de recul.
— C-Comment le sais-tu ?
— Je le sens.
Il la regarda dans les yeux, et avant qu'elle e?t le temps de répondre, il reprit.
— Ne t'inquiète pas. Il ne te fera rien, cette fois. Je te le promets.
à peine eut-il fini sa phrase que la porte s'ouvrit à nouveau.
Owen se retourna et, placé entre ses deux parents, fit face à son père. Sa mère, pétrifiée, ne parvint pas à faire le moindre geste.
Et puis, elle prit conscience de la situation. L'instant d'après, elle attrapa Owen et le serra contre elle, comme pour empêcher l'Empereur de l'emmener.
— Owen, tu n'as rien à faire ici. Retourne dans ta chambre de ce pas, dit-il en s'approchant.
— Non, père. Je ne partirai pas.
L'Empereur, surpris par l'assurance de son fils, plissa légèrement les yeux puis leva la tête d'un air mécontent. Il s'apprêtait à renchérir, mais il fut coupé.
— Tu ne peux plus m'empêcher de la voir. Même si tu nous sépares, ou si tu nous enfermes. Je peux lui rendre visite.
Le ton ferme et résolu d'Owen fit taire toute objection. L'Empereur resta un instant immobile, scrutant son fils. Une étrange lueur brillait dans ses yeux, comme s'il réalisait que ce qu'il attendait se produisait enfin. Enfin, son regard se posa sur elle, qui tressaillit.
— Fort bien. Tu as gagné, mon fils.
La jeune mère sursauta à ses paroles tandis qu'Owen resta impassible, comme s'il s'attendait à cette réaction. L'homme fit demi-tour et commen?a à partir.
— Attends, dit Owen.
L'Empereur s'arrêta et tourna légèrement la tête dans sa direction, sans se retourner.
— Tu veux bien… être… plus gentil avec elle ?
— Hmpf. Il ne peut y avoir de gentillesse que s’il y a eu méchanceté, n’est-ce pas, mon fils ? dit-il avant de sortir, un sourire au coin de la bouche.
Le silence retomba dans la chambre.
La jeune mère et Owen restèrent tous deux immobiles et silencieux. Tremblante, elle le serrait toujours contre elle.
Au bout d'un moment, il se retourna enfin et enla?a sa mère en retour, qui poussa un long soupir de soulagement.

